Le patron de Fiat, Olivier François, a lancé un pavé dans la mare pour certains. En évoquant l’idée de brider les voitures neuves de sa marque, n'aurait-il pas défoncé une porte ouverte ? Depuis les origines de l'automobile, la vitesse est une valeur cardinale. Il faut dire qu'au début de l'histoire dépasser les 30 km/h était un défi : pour faire de l'automobile un objet désirable, il fallait qu'elle soit plus rapide. Ensuite, la vitesse est devenue un argument de vente et même un fantasme avant d'être mise sur le grill par la sécurité routière. Dans les années 80, les voitures les plus rapides pouvaient largement dépasser les 250 km/h. Le bridage, comme nous allons le voir, est devenu une solution préconisée par les constructeurs eux-mêmes. Si aujourd'hui les constructeurs en parlent plus librement, c'est aussi parce que l'époque s'y prête, et ce, à bien des égards.
1988. Allemagne : le Gentlemen's Agreement
Nous touchons à un mythe de l'industrie automobile d'outre-Rhin. Les constructeurs allemands brident certains de leurs modèles, ce qui alimente encore aujourd'hui la légende. En 1988, le gouvernement allemand entend s'attaquer à la sécurité routière sans mener un bras de fer avec sa population, notamment sur ses autoroutes où la vitesse était libre. Pour les Allemands, cette liberté-là est quasiment au niveau du second amendement pour les Américains. Au lieu de mettre une limite sur les autobahnen, le gouvernement a demandé aux constructeurs du pays de limiter eux-mêmes la vitesse. Pour des raisons de sécurité, mais aussi économiques, ils ont accepté en limitant la vitesse à 250 km/h. Une vitesse qui peut paraître folle à notre époque, mais qui en 1988 a contenté tout le monde. Le marketing a fait le reste. Dans l’inconscient collectif, les voitures allemandes sont tellement puissantes qu'elles doivent être bridées. Nous vous parlons du Gentleman's Agreement pour démontrer une chose : le bridage des voitures n'est pas nouveau du tout.
Quelques exemples de voitures bridées
Si Dacia est montée en gamme jusqu'à devenir l'un des constructeurs préférés des Européens, il n'est pas connu pour produire des voitures de série évoluant au-delà des 250 km/h. La majorité des Dacia et des Renault sont bridées à 180 km/h. Seule Alpine ne tempère pas ses moteurs. Pour ses véhicules électriques, Renault limite la vitesse à 170 km/h. Volvo, en 2020, a annoncé que ses nouvelles voitures seraient bridées à 180 km/h. Finalement, le patron de Fiat n'invente rien si ce n'est la vitesse limite qu'il évoque : 117 km/h.

Pour les voitures électriques, le bridage est la norme. La Peugeot e-208 ne dépassera pas les 150 km/h tandis que la très attendue e-208 GTI sera bloquée à 180 km/h malgré ses 280 chevaux. Le bridage des voitures est donc quelque chose de courant, mais le grand public ne le sait pas : les limitations et la cohorte de radars ne permettent pas de profiter de ces vitesses exubérantes. L'attrait de la vitesse pure est remplacé par l’accélération, le son du moteur et le plaisir de la conduite. Objectivement, sur les routes de France, les conducteurs sont limités à 130 km/h sur autoroute et parfois à 30 en ville. Alors, pourquoi faire des voitures aussi rapides pour finalement les brider ?

Pourquoi les constructeurs brident vos voitures ?
La sécurité routière est très clairement au cœur du sujet : un choc frontal à une vitesse de plus de 80 km/h laisse peu de chance de survie quel que soit le niveau de sécurité du véhicule. Dans notre article sur la modification de la loi sur les excès de vitesse de plus de 50 km/h, nous vous expliquions les effets de la vitesse lors d'un accident. Les constructeurs peuvent légitimement utiliser cet argument pour justifier le bridage, car les technologies d'aide à la conduite ne peuvent pas réduire la mortalité à ces vitesses. On trouve toujours un autre enjeu : si la sécurité routière était l'objectif premier des constructeurs, aucune voiture ne dépasserait les 80 km/h. En réalité, la vitesse coûte cher sans même avoir à parler des GT. Une voiture qui roule vite doit être conçue pour, ce qui implique un système de freinage spécifique, un échappement dédié, des pneumatiques onéreux et une sécurité active et passive adaptée. C'est un coût supplémentaire qui va se retrouver sur le prix de vente et limiter l'attractivité, mais aussi la rentabilité. Brider une voiture est donc une source d'économies, mais aussi de profit...
Brider et débrider les voitures : l'option payante
C'est sans doute le plus amusant. Certains constructeurs s'autorisent à faire payer le débridage des moteurs qu'ils ont eux-mêmes bridés ! C'est une option sur des modèles de sport et haut de gamme qui peut coûter quelques milliers d'euros. Comme quoi, il n'y a pas de petits profits. Mieux encore, Renault a lancé une campagne « Safety Car » à destination des conducteurs en permis probatoire qui permet de limiter la vitesse à 110 km/h. C'est la vitesse maximale pour les nouveaux titulaires d'un permis de conduire. En revanche, ils devront payer 59 euros pour la débrider. Ford est allé encore plus loin avec le Ford MyKey. Le dispositif permet aux parents de disposer d'une clé qu'ils peuvent paramétrer pour « contrôler » leurs enfants et surtout le véhicule en programmant la vitesse maximale et la sécurité embarquée.

