Les voitures autonomes ne sont plus un objet de science-fiction destiné à rouler aux US ou en Chine. L'Europe restait un continent plutôt rétif à l'idée de laisser des véhicules circuler sans conducteur. Aujourd'hui, on ne parle plus de voitures autonomes où le conducteur doit rester vigilant comme avec le FSD de Tesla, mais de robotaxis sans chauffeur. À son rythme, cependant, l'Europe commence à lever certains des freins réglementaires qui entouraient l'utilisation de ces véhicules. Ces avancées aiguisent l'appétit d'entreprises du secteur pour qui l'Europe reste un territoire vierge à conquérir. Ce sont 25 000 voitures autonomes qui pourraient bientôt rejoindre les flottes de VTC en Europe. C'est l'ambition annoncée par Lucid et Bolt qui évoquent même plus de 100 000 véhicules d'ici 2035. Ce déploiement à grande échelle des robotaxis, annoncé dans un communiqué de presse pour le moins enthousiaste, mérite quelques éclaircissements, non ?
Lucid et Bolt veulent déployer 25 000 robotaxis en Europe
C'est une annonce comme un coup de tonnerre. Le 17 septembre dernier, Lucid et Bolt ont annoncé vouloir déployer pas moins de 25 000 robotaxis autonomes en Europe. Faisons les présentations. Le premier est un constructeur américain spécialisé dans les voitures électriques haut de gamme tandis que le second est connu pour son service de VTC. Cette alliance permettra à Lucid de pénétrer le marché européen, tandis que Bolt pourra exploiter les robotaxis et ainsi proposer à ses clients un nouveau moyen de déplacement... et des économies sur le personnel.

Plus qu'un coup marketing, c'est un premier pas pour les deux entreprises qui pourront démontrer l'efficacité de ces technologies, mais aussi travailler l'adoption par les clients européens. L'enjeu principal reste de taille pour Lucid qui va devoir démontrer sa capacité à se confronter à la réglementation européenne pour la conduite autonome de niveau 4. Pour parvenir à ce niveau d'autonomie, Lucid va s'appuyer sur NVIDIA, aujourd'hui la première capitalisation boursière mondiale. L'entreprise américaine, connue du grand public pour ses cartes graphiques destinées au jeu vidéo, s'est imposée ces dernières années comme un acteur incontournable de l'intelligence artificielle. Elle développe également des technologies destinées à l'automobile, notamment pour permettre aux véhicules de percevoir leur environnement et de prendre des décisions de manière autonome. Finalement, ce ne sont pas deux entreprises, mais bien trois qui se lancent un défi colossal.
Un robotaxi sans conducteur ?
Si vous ne suivez pas l'actualité technologique, peut-être que vous n'avez pas vu les robotaxis autonomes chercher des clients et les amener sans la moindre intervention humaine à leur point d'arrivée ? C'est la grande différence avec le niveau 3 : les voitures sont équipées de systèmes de conduite avancés, mais le conducteur doit rester attentif et prêt à reprendre la main. Dans les robotaxis, le client s'assied et la voiture fait le reste. Si rien que d'imaginer la situation vous fait froid dans le dos, vous faites partie de la population à convaincre.

Ce niveau d'autonomie demande des véhicules capables de percevoir leur environnement, de repérer les autres usagers et de prendre des décisions sans intervention humaine. Caméras, radars, capteurs et logiciels travaillent ensemble pour permettre à la voiture de suivre son itinéraire et de réagir aux situations rencontrées sur la route. C'est précisément là qu'intervient NVIDIA Hyperion. La plateforme fournira l'architecture matérielle et logicielle nécessaire pour permettre aux véhicules Lucid de fonctionner en autonomie de niveau 4. Nous pourrions vous détailler l'ensemble de la technologie et son fonctionnement, mais il existe une seule question importante pour Lucid et Bolt : l'usager européen fera-t-il confiance à la voiture pour l'emmener à destination sans personne au volant ?

Une technologie encore très encadrée
Avant de convaincre les passagers, Lucid et Bolt devront commencer par séduire les autorités. Vous imaginez bien que dans l'un des endroits du monde les plus normés, une voiture capable de rouler seule ne peut évidemment pas être déployée comme un simple nouveau modèle de VTC. C'est plutôt heureux, non ? Son fonctionnement doit être compatible avec la réglementation du pays dans lequel elle circule et les conditions fixées pour la conduite autonome, sans parler des particularités routières des pays européens. C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles les robotaxis pourraient constituer une première étape intéressante. Contrairement à une voiture autonome vendue à un particulier, ces véhicules pourront être déployés progressivement sur des zones définies et dans des conditions précises. Le passage par les flottes de VTC permettrait ainsi de tester leur fonctionnement en conditions réelles avant d'envisager un usage beaucoup plus large.
Il ne faut donc pas s'attendre à une invasion de taxis autonomes et l'annonce reste prudente sur les modalités du déploiement. Le calendrier, les marchés concernés et leurs spécificités restent déterminants. Cette annonce est intéressante, car la voiture autonome est envisagée non plus seulement comme une technologie à tester, mais comme un véritable service de mobilité à déployer à grande échelle sur le sol européen.
